Shakers, le service espagnol qui met en relation freelances IT et entreprises, vient d'annoncer son arrivée en France. Concrètement : un acteur de plus sur un marché déjà saturé de plateformes, et une pression nouvelle sur les tarifs de ceux qui n'ont jamais pris le temps de se professionnaliser freelance. Bonne nouvelle : c'est exactement le moment de faire le tri dans son positionnement.
Parce qu'une plateforme qui débarque, ça veut dire deux choses. D'un côté, plus de concurrence visible, plus de profils alignés côte à côte dans un catalogue. De l'autre, une opportunité énorme pour ceux qui savent se distinguer autrement que par un TJM cassé. Voici comment j'ai vu les freelances solides traverser ce genre de vague sans se faire broyer.
Ce que l'arrivée de Shakers change vraiment pour les freelances
Ne nous racontons pas d'histoires : l'arrivée d'un nouveau service de matching ne transforme pas le marché du jour au lendemain. Ce qu'elle fait, c'est accélérer une tendance déjà là — la mise en concurrence quasi instantanée des profils.
Sur ce type de plateforme, une mission IT se traduit souvent par une dizaine de candidatures en quelques heures. Si votre seul argument est « je suis dispo et je coûte moins cher », vous entrez dans une guerre que vous ne pouvez pas gagner. Le freelance qui survit à cette dynamique, c'est celui qui a construit une histoire claire : ce qu'il fait, pour qui, et pourquoi ça vaut un tarif précis.
L'autre effet, plus subtil : les clients qui passent par ces services sont souvent des scale-ups et des ETI pressées. Elles cherchent de la réactivité, mais elles ne cherchent pas du low-cost. Elles veulent quelqu'un qui comprend leur contexte en une conversation. C'est précisément là qu'un indépendant positionné peut prendre l'avantage sur un profil générique.
Se professionnaliser freelance : la posture avant les tarifs
Le piège classique, c'est de croire que la professionnalisation commence par une grille tarifaire. Faux. Elle commence par une posture. Un client premium le sent en trente secondes : est-ce que cette personne se comporte comme un prestataire qui exécute, ou comme un partenaire qui conseille ?
Trois signaux qui changent tout dès le premier échange :
- Vous posez des questions avant de proposer. Pas un catalogue de services, mais une vraie tentative de comprendre le problème.
- Vous dites non. Un périmètre flou, un budget irréaliste, un délai impossible — refuser proprement, c'est se positionner.
- Vous parlez résultats, pas tâches. « Je livre un site » n'intéresse personne. « Je réduis votre temps de mise en prod de moitié » intrigue tout le monde.
Cette posture, elle ne s'improvise pas. Elle se travaille dans la façon d'écrire un mail, de cadrer un appel, de rédiger une proposition. Un exemple concret de freelance francophone qui a construit son positionnement sur une niche précise : Marky RANAIVOARISON, Video Editor | Podcasts & Short-form (FR/EN). Pas « monteur vidéo ». Un métier précis, pour un format précis, dans deux langues. C'est ça, la clarté qui attire les bons clients.
Fixer ses tarifs quand les plateformes tirent vers le bas
La question qui revient toujours : « comment je fixe mon tarif si la plateforme propose dix profils moins chers ? » La réponse tient en une phrase : vous ne fixez pas votre tarif en fonction des autres, vous le fixez en fonction de la valeur que vous délivrez.
Concrètement, trois approches cohabitent sur le marché du freelance IT en 2026 :
| Approche | Comment ça marche | Pour qui |
|---|---|---|
| Tarif horaire | Simple, mais plafonne vite et punit l'efficacité | Missions courtes, dépannage, audit |
| TJM (tarif journalier moyen) | Standard sur le marché IT, facile à comparer… donc à tirer vers le bas | Régie, missions longues, renfort d'équipe |
| Forfait / valeur | Prix basé sur le résultat livré, pas le temps passé | Projets cadrés, clients premium, résultats mesurables |
Le troisième modèle est celui qui protège le mieux. Vous pouvez passer trois jours sur un problème qui aurait pris dix jours à un autre — et facturer la valeur créée, pas les jours consommés. C'est inconfortable au début, parce qu'il faut oser chiffrer un résultat. Mais c'est la seule manière de sortir de la logique de catalogue.
Un repère utile : si votre TJM n'a pas bougé depuis deux ans alors que vos compétences ont progressé, ce n'est pas le marché qui vous retient. C'est vous.
Organisation : le vrai marqueur d'un freelance pro
On sous-estime à quel point l'organisation est un argument commercial. Un client premium ne vous demandera jamais votre planning. Mais il remarque tout de suite si vous répondez en 48h, si vos devis arrivent dans les temps, si vos factures sont claires.
Quelques automatismes qui font la différence :
- Un suivi de temps par mission. Sans ça, impossible de savoir si un forfait est rentable. Des outils comme Notion ou Toggl font le job.
- Des créneaux de production protégés. Deux demi-journées sans réunion, c'est la base. Sinon vous passez votre vie en appels et vous produisez le soir.
- Un rythme de prospection régulier. Une heure par semaine, tenue coûte que coûte. Le pipeline ne se remplit jamais quand tout va bien — donc il faut le remplir quand tout va bien.
- Un dossier client structuré. Brief, échanges clés, livrables, retours. Au bout de six mois, vous ne vous souviendrez pas de tout.
L'organisation, ce n'est pas de la maniaquerie. C'est ce qui vous permet de dire oui à une mission urgente sans sacrifier la précédente. Et ça, un client premium le remarque immédiatement.
Clients premium : où ils sont, comment les approcher
Un client premium n'est pas forcément une grosse boîte. C'est un client qui reconnaît la valeur, paie à temps et respecte votre périmètre. Vous en trouverez dans des structures de dix personnes comme dans des groupes de cinq cents.
Ce qui les distingue, c'est le rapport qu'ils ont au travail bien fait. Ils posent des questions précises, ils ont un process de décision clair, ils ne négocient pas trois semaines pour grappiller 5 %.
Où les trouver ? Réseau existant (anciens collègues, anciens clients), recommandations d'autres freelances, communautés métier spécialisées, et parfois les plateformes elles-mêmes — mais pas pour postuler à tout-va. Pour être repéré comme un profil qui apporte un point de vue. Sur Shakers comme ailleurs, la différence se joue rarement à la candidature. Elle se joue avant, dans la manière dont vous existez publiquement.
Le piège du profil parfait qui ne convertit rien
Beaucoup de freelances passent des heures à peaufiner leur profil de plateforme. Bio léchée, portfolio nickel, compétences alignées. Et zéro réponse. Pourquoi ? Parce qu'un profil qui parle à tout le monde ne parle à personne. « Développeur fullstack disponible pour vos projets » ne dit rien. « J'aide les équipes SaaS à tenir leurs délais de release » situe immédiatement.
Trois décisions à prendre cette semaine
Le marché bouge, les plateformes débarquent, la concurrence se densifie. Ce n'est pas une raison pour paniquer — c'est une raison pour clarifier.
Première décision : écrivez en une phrase, pour qui vous travaillez et quel problème vous résolvez. Si vous n'y arrivez pas en dix minutes, c'est le signe qu'il faut creuser.
Deuxième décision : regardez votre dernier devis. Est-ce qu'il explique le résultat attendu, ou juste les tâches ? Réécrivez-en un ce soir, même sans l'envoyer. L'exercice force à penser valeur.
Troisième décision : bloquez une heure cette semaine pour identifier trois clients ou entreprises que vous aimeriez servir dans les six mois. Pas cinquante. Trois. Et cherchez un chemin vers eux : un contact commun, un contenu qu'ils ont publié, un événement. L'arrivée de nouveaux acteurs comme Shakers ne doit pas vous pousser à vous aligner sur le bas du marché. Elle doit vous rappeler pourquoi vous valez mieux — et à le montrer.
